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Mémoire en exil


Mémoire en exil 

Texte écrit pour le Musée MNAC de Barcelone lors de la représentation de l’exposition LA MALETA MEXICANA du 6 octobre 2011 au 15 janvier 2012.

La valise mexicaine, une valise en exil, une mémoire en exil comme celle des milliers de républicains espagnols qui partiront au Mexique, en Amérique du Sud et dans le monde. A ces apatrides qui ont tout perdu ou presque, il ne reste plus que  le souvenir de leur lutte, leur rêve d’une seconde république espagnole, idéal fauché en plein vol par les putschistes qui auront tout le temps de réécrire l’histoire. Ces gens ont fui  avec, dans  leurs valises, le strict  minimum. Ils ne savent pas encore qu’ils ne refouleront plus jamais le sol de leur patrie. La plupart restera dans un mutisme total après la fin de la seconde guerre mondiale, comme les négatifs oubliés  dans le placard du général mexicain Francisco Aguilar González. Le témoignage et l’engagement de Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour est une richesse historique, la première page moderne du photojournalisme, un enseignement pour mieux comprendre le drame d’une guerre. Ces trois reporters sont dans ce pays en feu, remplis de leurs idéaux, munis de leurs appareils photo. Ils ont donné un témoignage brut  sur une république qui tente de survivre avec parfois des armes d’un autre temps comme me le raconte Sebastià Piera en 2008 : « je me suis battu sur le front de Madrid avec une Winchester de l’époque du Far-West que le Mexique nous avait envoyée ».

Ils sont les témoins oculaires du drame qui allait déferler sur le monde, en mai 1937 ; ils rapportent leurs images sur la résistance républicaine de Madrid et sur la bataille de Carabanchel. En juillet 1937, Gerda meurt, son appareil à la main, à Brunete près de Madrid. Elle sera l’une des premières femmes à mourir dans l’engagement photographique. Capa sautera sur une mine en mai 1954 dans la région de « Thài Binh »  comme les 134 autres collègues photographes morts au conflit d’Indochine et du Viet-Nam. En novembre 1956, Chim (David Seymour) perdra la vie alors qu’il couvre la crise de Suez pour les magazines. 

On voit dans leurs clichés espagnols l’écrasement de la population civile terrifiée par les bombardements de la légion Condor venue d’Allemagne pour soutenir le putsch, signe d’un cynisme guerrier moderne et d’un conflit déjà international.

Deux hommes et une femme qui nous donnent leur  vision, leur sensibilité sur cette blessure encore palpable de nos jours en Espagne. Quatre-vingts ans après la proclamation de la seconde république espagnole, cette exposition au « Museu Nacional d’Art de Catalunya » met en lumière leurs images, mythe et légende de l’engagement guerrier du photojournalisme actuel. C’est un trésor d’images qu’il faut regarder avec un œil neuf : images qui nous aident à mieux comprendre ce qui s’est effectivement passé entre 1936 et 1939. C’est aussi une invitation à approfondir notre vision en découvrant l’œuvre d’Agustí Centelles qui a caché ses photographies dans le sud de la France jusqu’à la mort de Franco.

Dans mon œuvre intitulée « Carabanchel, les ombres du franquisme », un récit me revient parmi tous les témoignages reçus : c’est l’histoire de Francisco González Ledesma qui raconte l’entrée à Barcelone des troupes de Franco le 26 janvier 1939. Môme à l’époque,  il verra  quatre républicains vider leurs chargeurs de pistolets sur les cavaliers marocains qui les chargeaient à l’angle du Paseo de Colón et de la via Laietana. Pour eux : ils n’y aura pas d’exil, ils resteront sur le sol catalan jusqu'à la mort. Mais qu’ils aient été contraints à l’exil ou qu’ils aient donné leur vie sur le sol espagnol, ces hommes méritent qu’on se souvienne d’eux. Il est important de transmettre la mémoire imprimée sur les  4 500 négatifs trop longtemps restés dans l’oubli et le silence.

Copyright Jean-Yves Gargadennec

Vous pouvez voir actuellement un nouveau montage de l'exposition LA VALISE MEXICAINE à Perpignan jusqu'au 4 janvier 2015 tous les jours de 10h30 à 18h00 sauf le lundi.

Au centre d'Art contemporain WALTER BENJAMIN Place du pont d'en Vestit .

Texte " Mémoire en exil " LA MALETA MEXICANA exposition MNAC Barcelona